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« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. »

[Francis Bacon, 1561-1626 Essai sur l’athéisme]

 

Pourquoi sommes-nous plus enclins à croire les calomnies et mensonges lancés par notre ennemi de classe, la bourgeoisie, et les anticommunistes dits de gauche, qu’à défendre l’URSS à l’époque de Staline et la première expérience d’un état socialiste ?

Pourquoi n’avons-nous plus le réflexe de classe, pour résister à leur propagande, en nous demandant qui tire les ficelles et à qui profite le crime, chaque fois (et elles sont nombreuses) que nos médias occidentaux nous parlent de Staline, le tyran rouge, de Cuba ou du Venezuela, de Fidel Castro, « le dictateur », ou de Hugo Chávez, « le populiste »...

Pourquoi oublions-nous que leurs propos anticommunistes n’ont pour objectif que de nous décourager et de nous détourner de la lutte, de nous faire accepter l’économie libérale comme la seule possible ?

 

La propagande mensongère vient de loin, et je veux rappeler que dans les débuts de la Révolution d’Octobre, les bolcheviks étaient représentés comme « l’homme avec le couteau entre les dents » en France (1919), mais aussi en Allemagne, aux USA et ailleurs. Et cela a continué, puisque à l’occasion des élections législatives de 1936 en France, H. PETIT a réalisé en 1934, à la demande du Centre de propagande des Républicains nationaux, une affiche disant : « Contre les valets de Staline, votez national ». La S.F.I.O., particulièrement anticommuniste, disait en désignant le PCF : « pas de collaboration avec le stalino-fascisme. » J’étais jeune à l’époque, mais je n’oublie pas la haine de Guy Mollet pour les communistes.


Trouvez-vous que la représentation de Staline a beaucoup changé par rapport à l’affiche de H. Petit composée en 1934 ?

Elle est moins caricaturale, sans doute, mais elle délivre toujours le même message !

 

 A-t-on comptabilisé le nombre d’ouvrages diffamatoires sur Staline ou le Stalinisme que l’on peut trouver en librairie ? En faisant une recherche sur la librairie en ligne « amazon .fr », on trouve plusieurs centaines d’occurrences, avec des titres comparables à ceux de la presse à scandale : « Comment Staline a volé la bombe atomique aux Américains » !

 

Pourquoi en est-on là aujourd’hui ?

Pourquoi de nombreux communistes, adhérents ou ayant quitté le PCF, notamment après « la chute du mur de Berlin » dont on vient de célébrer les 20 ans avec fracas et grandiloquence, détournent la tête ou la conversation quand il s’git de défendre l’URSS, première expérience d’un état socialiste ?

 

Des raisons, peut-être inconscientes, les détournent du débat les rendant plus perméables et réceptifs à la propagande bourgeoise, relayée par les nombreux moyens mis en œuvre pour les manipuler…

Je vois :

des raisons imputables aux communistes, eux-mêmes : des sociaux-démocrates.

  • Faiblesse ou inexistence de la formation marxiste-léniniste

  • Autophobie et abandon de l’autocritique

  • Responsabilité du PCF, devenu parti réformiste à la remorque des sociaux-démocrates, dont les dirigeants ont substitué la lutte des places à la lutte des classes !

des raisons extérieures dues à la propagande capitaliste

  • Politique des Droits de l’Homme comme entreprise de restructuration de l’idéologie

  • Actions de la Communauté européenne pour criminaliser le Communisme

  • Matraquage, décervelage, désinformation relayés par des journalistes « nouveaux chiens de garde » et les chaînes de télévision, médias aux mains de la bourgeoisie

  • Enseignement de l’histoire dans les établissements scolaires, avec des manuels d’histoire qui reprennent les calomnies et les contre-vérités diffusées par les historiens anticommunistes.

(Il n’y a pas à s’étonner que les manuels scolaires diffusent les calomnies anticommunistes. La plupart des éditions sont entre les mains de l’empire Lagardère, fabricant d'armes d'un côté, magnat de la presse et de l'édition de l'autre…)

 

Je commenterai certaines des raisons citées ci-dessus.

 

Autophobie et abandon de l’autocritique


Les communistes doivent-ils avoir honte de leur histoire ? C’est la question que pose Domenico Losurdo dans la préface de son ouvrage « Fuir l'Histoire : Essai sur l'autophobie des communistes » publié en 2007.

« Parmi les divers problèmes qui affectent le mouvement communiste, celui de l'autophobie n'est certainement pas le moindre…

Laissons de côté les ex-dirigeants et les ex-membres du PCI, qui déclarent parfois avoir adhéré à ce parti dans un lointain passé sans jamais avoir été communistes. ….

Malheureusement, l’autophobie se manifeste aussi dans les rangs de ceux qui, tout en continuant à se déclarer communistes, se révèlent obsédés par le souci de réaffirmer leur totale étrangeté à un passé qui est tout simplement, pour eux-mêmes comme pour leurs adversaires politiques, synonyme d’abjection. …

Il va de soi que la lutte contre la plaie de l’autophobie se révèlera d’autant plus efficace que le bilan du grand et fascinant moment historique commencé avec la Révolution d’Octobre sera radicalement critique et sans préjugés. Car, malgré les assonances, l’autocritique et l’autophobie constituent deux attitudes antithétiques. Dans sa rigueur, et même dans son radicalisme, l’autocritique exprime la conscience de la nécessité de faire ses comptes jusqu’au bout avec sa propre histoire. L'autophobie est une fuite lâche devant cette histoire et devant la réalité de la lutte idéologique et culturelle toujours brûlante. Si l’autocritique est le présupposé de la reconstruction de l’identité communiste, l’autophobie est synonyme de capitulation et de renonciation à une identité autonome. »

La chute du mur de Berlin et celle du camp socialiste ont été vécues très douloureusement par la plupart des communistes. Leurs espoirs, déjà battus en brèche depuis des années par les dirigeants du PCF qui, pour plaire à la bourgeoisie et pour faciliter leur alliance avec le parti socialiste, abandonnait, de congrès en congrès, tous les principes du marxisme-léninisme pour finir par la collaboration de classe, se sont écroulés ! Beaucoup ont quitté le PCF et se retrouvent aujourd’hui dispersés dans de nombreux groupes ou mouvements se réclamant du marxisme-léninisme.

La propagande de la bourgeoisie, des intellectuels et de la gauche anticommuniste redoublant d’intensité, beaucoup se sont repliés sur eux-mêmes, renonçant à la lutte. « Le mouvement ouvrier lui-même et ses représentants dans les sociétés capitalistes ont été contaminés par le virus de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme. »(1) La collaboration de classe a remplacé le combat révolutionnaire. On parle désormais de « partenaires sociaux ».

Aujourd’hui il est nécessaire de réapprendre l’autocritique pour « faire ses comptes jusqu’au bout avec sa propre histoire » et dépasser cette « autophobie », dont parle LOSURDO et qu’il qualifie de « fuite lâche devant cette histoire et devant la réalité de la lutte idéologique et culturelle toujours brûlante.» 

Et nous n’aurons pas fait nos comptes jusqu’au bout, tant que nous laisserons la bourgeoisie calomnier la première expérience socialiste, défigurer Staline en le présentant comme le tyran rouge, personnage monstrueux, assoiffé de sang et despotique, sans replacer les évènements dans leur contexte historique et tant que ne sera pas fait« le bilan du grand et fascinant moment historique commencé avec la Révolution d’Octobre (…) radicalement critique et sans préjugés. »(2)

 

Politique des Droits de l’Homme comme entreprise de restructuration de l’idéologie

 

Pour commenter cette affirmation, je veux citer des extraits d’une interview de Noam CHOMSKY, parue dans le Monde du 22 mars 1979. Cet article m’avait paru très juste à l’époque et je l’avais gardé précieusement ; je l’ai retrouvé, avec bonheur, il y a peu. Je le trouve toujours d’actualité.

 

L’interview couvrait une demi-page du journal et son titre en assez gros caractères disait :

« La politique des droits de l’homme de M. Carter est une parcelle infime d’une vaste entreprise de restructuration de l’idéologie. » nous déclare M. Noam Chomsky.

« La politique des droits de l’homme de M. CARTER est une parcelle infime d’une vaste entreprise de restructuration de tout le système idéologique qui s’est effondré dans les années 60.

A l’époque de Kennedy, c’était l’euphorie chez les intellectuels et autres propagandistes. On célébrait l’Amérique – non seulement « l’avènement du siècle américain » - mais aussi la « bienveillance américaine » qui était devenue le fondement idéal de la politique impérialiste.

Aujourd’hui cette image s’est écroulée. Mais comme les engagements fondamentaux des Etats-Unis sont inchangés, il est indispensable de créer une idéologie qui prenne la relève. C’est à cela que sert la « nouvelle moralité » de CARTER.

C’est également cet objectif que sert la vogue Soljenitsyne. Il n’y a rien dans ses livres qu’on ne sache depuis 20 ans, mais en insistant sur le mal terrifiant de notre principal adversaire - comme si c’était une nouveauté – on peut présenter l’impérialisme occidental, en particulier l’impérialisme américain, sous un jour plus favorable. Il est frappant que la découverte du goulag se soit produite à la fin de la guerre du Vietnam, au moment où il convenait de détourner l’attention vers d’autres atrocités.

Il est également révélateur que la campagne en faveur des Droits de l’homme – qui se situe au niveau du discours plutôt que de l’action – ait été très vigoureuse en ce qui concerne les violences en Union Soviétique, faible ou inexistante à l’endroit des Etats clients des Etats-Unis. CARTER a écrit à SAKHAROV, il a reçu BUKOVSKI, mais il n’est jamais entré en relation avec Mme ALLENDE.

C’est pour les mêmes raisons que l’on fait une telle publicité – en France et aux Etats-Unis – sur les atrocités qui se sont produites dans les différents pays d’Indochine, au Vietnam et au Cambodge en particulier. A la limite, peu importe que les faits soient vrais ou non. Ce qui compte dans le nouveau système de propagande, c’est de créer un contexte qui montre que la France et les Etats-Unis avaient raison de refuser l’indépendance aux peuples d’Indochine et que ces derniers étaient moins malheureux sous la domination coloniale. Si les atrocités existent, tant mieux, on les affiche. Si elles sont insuffisantes, alors on les invente…

Maintenir les impuissants dans l’impuissance

La démocratie capitaliste implique que la classe qui domine l’économie soit également celle qui domine la politique. Et cela n’est possible que si la population est soumise, apathique ou contrôlée d’une manière ou d’une autre. Dans les années 60, les masses se sont politisées, en partie tout au moins. Elles ont fait pression sur l’Etat. Il s’agit aujourd’hui de les réduire à nouveau au silence. C’est exactement le même problème qui s’était posé avec le tiers-monde à la fin des années 60 : on disait alors que ces pays devaient être contrôlés si l’on voulait que survive la société internationale et que se poursuive le progrès. Il n’y a pas d’autres moyens de préserver l’inégale distribution du pouvoir que de maintenir les impuissants dans l’impuissance.

Le contrôle des mass media

L’effort concerté du monde des affaires américain pour contrôler les moyens de communication de masse est sans pareil dans les autres pays. Dès 1920 – ainsi que le révèle une grande enquête du Congrès réalisée 10 ans plus tard, - une vaste campagne de presse est organisée par le patronat pour freiner le développement des services publics ….Les chambres de commerce ont créé un conseil d’éducation économique chargé de contrôler le contenu des manuels scolaires utilisés dans plus de dix mille communautés. A Boston, tout récemment, la chambre de commerce s’est lancée dans une vaste opération contre un projet de loi relatif à l’impôt sur le revenu. L’objection était double : c’était un projet progressiste, mais surtout un projet qui émanait des habitants de Boston dans le cadre de l’initiative populaire prévue par la coutume. La méthode : un subtil dosage de propagande dans les médias établi à partir de sondages périodiques. Résultat : le premier sondage était nettement favorable au projet ; le dernier nettement défavorable. »

Voilà ce que disait Chomsky en 1979 de la politique des E.U.

Cela ne vous rappelle rien ?

Ne trouvez-vous pas que nos dirigeants ont copié sans vergogne ces procédés : population apathique, soumise et contrôlée, abreuvée d’informations où seul compte le spectaculaire et peu importe que les faits soient vrais ou non ; utilisation de la propagande et des sondages à tout va ? Maintien des impuissants dans l’impuissance, en particulier dans les pays africains, où après avoir assassiné les révolutionnaires porteurs de la décolonisation, comme Patrice Lumumba, acheté des dirigeants pour piller leurs richesses, au détriment de leurs peuples maintenus dans la misère.

Et en dernier, je veux relever ce qui concerne le contrôle des manuels scolaires.

Sait-on qu’il en est de même chez nous et que le contenu des livres d’histoire de collège, notamment ceux de 3ème, sont manipulés avec la complicité des pseudos-historiens anticommunistes qui servent les intérêts de la bourgeoisie, tout en tirant, pour eux aussi, des avantages financiers et un surcroît de renommée.

A ce propos, il est indispensable de lire la lettre de notre camarade historienne, Annie Lacroix-Riz, adressée à l’A.P.H.G. (Association des Professeurs d’Histoire Géographie) au sujet de la caution apportée par cette association au documentaire diffusé sur la chaîne Arte, le vendredi 16 mars 2007 (17h45) « Staline, le tyran rouge » diffusé ensuite sur M6.

Elle y dénonce « une opération politique et idéologique de grande envergure, à l’échelle tant de la France que de l’Europe unifiée. Cette opération éditoriale a donné l’élan décisif à l’assimilation entre nazisme et communisme qui peuple aujourd’hui les manuels scolaires. »

 

Nous avons la chance d’avoir, dans nos rangs, une historienne de valeur, Annie LACROIX-RIZ, dont les travaux, basés sur une étude personnelle des archives, sont irréfutables.

Pourquoi ne pas utiliser ses travaux et organiser un débat loyal, véritablement scientifique sur l’URSS à l’époque de Staline (1924-1953), notamment sur « la famine en Ukraine » sur la base de son article « L’Holodomor, nouvel avatar de l’anticommunisme européen». Rappelons que ce travail lui a valu d’être inquiétée et menacée d’exclusion de l’Université et que diverses pétitions, notamment du PRCF ont été lancées pour la défendre.

 

Il existe de nombreux ouvrages aujourd’hui qui reviennent sur cette période et apportent un éclairage et des informations qui remettent STALINE à sa juste place, sans esquiver les questions. J’espère que le livre de Domenico LOSURDO sur Staline sera bientôt traduit en français. Selon la note rédigée par Gilles QUESTIAUX, il devrait nous apporter une réflexion salutaire pour appréhender la réalité de cette période.

 

 « Des générations de bolcheviks seront accusées de beaucoup de choses dont elles ne sont pas coupables. Toutefois... le vent de l'histoire balaiera inévitablement de nos tombes les feuilles mortes de la calomnie et découvrira la vérité. » (Staline)

 

                                                                                                                Annette Mateu-Casado

 

 

(1) « La fabrication de la légende noire du stalinisme » Faouzi Elmir, pour Mecanopolis - 24/12/2009.

http://www.mecanopolis.org

 

(2) Domenico Losurdo, Fuir l'histoire, Editions Delga et Le Temps des Cerise, Paris, 2007, p.6

 

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