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Manifestation du 10 Septembre 2016 à PERPIGNAN : Déclaration du PRCF

Pour la République française sociale, souveraine, fraternelle, laïque, une et indivisible, Contre-réforme territoriale Hollande qui mène à l’éclatement du territoire national. Pour l’enseignement du catalan, de l’occitan et des autres langues régionales dans le cadre de l’école publique et sans remettre en cause le primat fédérateur de la langue française.

 

DÉCLARATION du PRCF  (Pôle de Renaissance Communiste en France)

à propos de la manifestation du 10 septembre 2016 à Perpignan

 

Prétextant l’absence du mot « catalan » dans l’appellation de la nouvelle Grande Région « Occitanie* » et dévoyant le légitime attachement des Pyrénées-Orientales à la culture catalane, les nationalistes catalans appellent à une manifestation de nature objectivement antinationale le 10 septembre. Pour en juger, il suffira de voir combien de drapeaux tricolores seront présents dans cette manif, si seulement ils n’y sont pas interdits, et combien de drapeaux rouges prendront place dans le cortège puisque le PCF « euro-constructif » appuie cette manifestation avec tout l’opportunisme qui le caractérise…

Inspirés et financés par les « indépendantistes » catalans d’outre-Pyrénées, ces mouvements nationalistes relaient en France la dangereuse volonté expansionniste de la grande bourgeoisie barcelonaise. Celle-ci ne cache plus guère sa volonté, une fois achevée sa « déconnexion » d’avec l’Espagne, de mettre sous tutelle le Roussillon français, rebaptisé « Catalogne-Nord », voire de l’annexer à une prétendue Catalogne « indépendante », c’est-à-dire devenue « a new Nation in Europe* » (Barcelone se plaçant sous la tutelle directe de Bruxelles, de Berlin et de Washington tout en court-circuitant Madrid et Paris).

On voit tout d’abord que, sitôt mise en place,  la contre-réforme territoriale soutenue par Hollande, les LR et Europe-Ecologie, n’apporte que des litiges « identitaires » : Région Bretagne et Région Ouest se disputant la Loire-Atlantique, Alsace refusant (légitimement !) de se dissoudre dans un « Grand Est » sans base historique, Poitou et Limousin absorbés sans reste dans la « Nouvelle Aquitaine », Picardie placée sous la tutelle de Lille… En réalité, l’euro-fédéralisation à l’allemande de notre ex- « République une et indivisible », la segmentation du territoire national en treize Euro-régions, la substitution de fait d’énormes euro-métropoles inhumaines aux 36 000 communes gérées au plus près des habitants, détruit les identités REPUBLICAINES et A TAILLE HUMAINE des départements créés par la Révolution française en lieu et place des vieilles Provinces seigneuriales… que les féodalités capitalistes modernes rêvent de ressusciter ! Etrange « modernisation », aberrante « décentralisation » qui, loin de rapprocher le pouvoir du citoyen et de réduire les inégalités entre les territoires, renvoient le citoyen-travailleur de la commune vers la métropole, du département vers l’Euro-région et de l’Etat nation vers l’Empire euro-atlantique gouverné par l’Axe Washington-Berlin… En rabotant au passage les services publics d’Etat, la fonction publique territoriale, en menaçant les statuts nationaux et les conventions collectives et en rendant toujours plus opaques les conditions démocratiques de la prise de décision !

En outre, ce processus de division de l’Hexagone est sans fin : aussitôt devenue autonome par rapport à « Paris », la nouvelle « Occitanie » voit son département catalan exiger sa propre reconnaissance ethnique alors que, dans le même temps, nombre d’amis des parlers occitans rappellent avec raison que Toulouse et Montpellier n’ont jamais eu le monopole de la langue d’Oc : car historiquement, l’aire linguistique d’Oc s’étendait de Bordeaux à Toulon en passant par Limoges et Clermont-Ferrand… Bref, la future France « länderisée » n’a pas fini de se morceler* et de sous-morceler sous l’influence des particularismes…

Nous, militants du PRCF, sommes très attachés aux langues et cultures catalanes et occitanes, et plus généralement, aux langues et aux parlers régionaux de notre pays, catalan, occitan et provençal, breton, nissard, basque, flamand, corse, alsacien, picard…  ; mais nous refusons que ce légitime ancrage culturel soit manipulé pour disloquer la République française en lui substituant un Empire euro-atlantique des Euro-Régions ; un empire dominé par l’Axe Washington-Berlin qui ne ferait qu’une bouchée des micro-« nations » particularistes constituées sur une base ethnique en transformant la patrie commune en une véritable Peau de chagrin…

L’objectif de classe de cette contre-révolution territoriale est en effet fort clair : il s’agit d’araser l’ensemble des conquêtes sociales, laïques, républicaines et démocratiques durement gagnées par le monde du travail et par le peuple français dans son ensemble dans les combats des Lumières, de la Révolution française, des révolutions populaires et républicaines du 19ème siècle (où le prolétariat parisien, nourri de mille émigrations, a joué un rôle moteur), du combat laïque pour l’école publique et pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, du Front populaire, de la Résistance et de la Libération, de Mai 68 et du 29 mai 2005 où une large majorité de Français, notamment les ouvriers, la jeunesse populaire et les paysans, a délégitimé la marche à l’Europe supranationale en votant non à la constitution européenne.

Nous refusons aussi que la légitime promotion des langues régionales serve de prétexte à la destructive politique linguistique actuelle. Cette politique inavouable portée par l’UE et par la grande bourgeoisie « française », cible en effet la langue française, « langue de la République » aux termes de l’article II de la Constitution, premier service public de France, lien entre tous les habitants de l’Hexagone et ciment de la Francophonie mondiale ; en effet, le français est pris en étau entre, d’une part le tout-anglais transatlantique promu par le MEDEF et par l’UE, et d’autre part la « Charte européenne des langues minoritaires et régionales » (dont l’adoption, impulsée par Berlin et favorisée par Hollande, a été provisoirement suspendue). Cette « Charte » tend en effet à ethniciser la citoyenneté française, à créer des « groupes de locuteurs » dotés de privilèges linguistiques et à désétablir la langue commune de la nation dans certains territoires : on le voit en Corse où le président indépendantiste Guy Talamoni refuse de parler français dans l’exercice de ses fonctions alors que la langue française est la seule que maîtrisent actuellement tous les habitants de la Corse, insulaires, continentaux et travailleurs immigrés. Avons-nous vraiment besoin d’ajouter des divisions ethniques aux affrontements dangereux qui, activés par tous les politiques réactionnaires, écartèlent notre pays entre les fanatiques religieux et les xénophobes racistes ? Voulons-nous vraiment que la délicate construction millénaire qui a forgé la nation française et la part universaliste de son apport à l’humanité commune vienne se fracasser dans un chaos potentiellement sanglant de régions, de communautés et de prétendues « patries charnelles » se querellant à l’infini sous le regard amusé de l’extrême droite « identitaire » et des transnationales usant du « diviser pour opposer et surexploiter les travailleurs dans leur ensemble ?

D’autant que, mettant à profit la crise politique profonde qui frappe notre pays gangréné par la « construction » européenne (casse des services publics au nom de la « concurrence libre et non faussée », abandon du français au profit du tout-anglais, ralliement total à l’OTAN et à ses guerres impérialistes, destruction de la Sécurité sociale et des retraites, mise à mal de l’Education « nationale », liquidation de fait des communes et des départements au nom de la contre-réforme territoriale…), des mouvements séparatistes lourdement antirépublicains s’agitent aussi en Corse, en Flandre, en Alsace, dans les Pyrénées-Atlantiques, en Savoie, en Bretagne… Formidable régression sociale et sociétale en vue si la construction multiséculaire d’une nation héritière de l’humanisme, de l’Edit de Nantes, de 1789, de la Commune et du CNR, cédait la place aux nouveaux fiefs taillés pour diviser les travailleurs et bloquer toute perspective de « tous ensemble et en même temps ». De nouveaux fiefs se livrant à une sous-enchère sociale permanente et dont Bruxelles, Berlin, Wall Street et les transnationales ne feraient qu’une bouchée, ces dernières raflant tous les marchés régionaux et transnationaux au détriment tout à la fois des PME (dépendantes des marchés locaux) et des entreprises nationalisées, EDF, SNCF, etc., associées à l’Etat-nation.

C’est d’ailleurs le MEDEF qui orchestre en coulisses cette « reconfiguration du territoire ». C’est ce qu’indique son manifeste « Besoin d’aire » (décembre 2011) : l’organisation patronale y appelle sans détour à liquider l’Etat-nation républicain pour construire l’Europe des régions au sein des « Etats-Unis d’Europe » et de l’ « Union transatlantique », avec le but non dissimulé d’araser les acquis nationaux des travailleurs, spécialement, les conquêtes subsistantes du CNR (déclaration à Challenge de Denis Kessler, figure de proue du MEDEF, Challenges, nov. 2007). Cette stratégie antinationale du grand patronat « français » s’insère dans une politique continentale du grand capital qui vise partout, en prenant appui sur l’explosion des inégalités sociales et territoriales dont la « construction » européenne néolibérale est porteuse, à dépecer les Etats-nations (France, Italie…) et les Etats multinationaux historiquement constitués (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Belgique, Grande-Bretagne, Espagne*, mais aussi ex-URSS et Russie, sans parler des Etats-nations explosés du Proche-Orient…) pour leur substituer de micro-Principautés d’Empire corvéables à merci.

L’avenir n’est pas au morcellement ethnique de la France dans le cadre d’un Empire euro-atlantique du grand capital. Il est au tous ensemble et en même temps des travailleurs pour l’indépendance nationale, la paix, la coopération internationale, la démocratie, le progrès social et le socialisme.

 

* A Nice, certains mouvements hyper-particularistes contestent déjà la domination de « Marseille » et du provençal sur feu le « Comté » de Nice, qui était jadis de langue nissarde (la réalité étant hélas qu’une infime minorité d’habitants des Alpes-Maritimes comprennent désormais le niçois).

** Bien entendu, certains mouvements régionalistes disposent d’une légitimité historique indéniable tant il est vrai que le franquisme a opprimé la Catalogne et le Pays basque, que la monarchie anglaise a écrasé l’Irlande et l’Ecosse, que l’Italie du Nord a exploité le Mezzogiorno et que la Croisade des Albigeois menée au 13ème siècle par les seigneurs du Nord a dévasté la civilisation des troubadours. Il est vrai également que la construction des Etats-nations sous l’égide de la bourgeoisie ne pouvait pas être pleinement équilibrée même s’il est hors de question pour de vrais démocrates de « relativiser » l’apport universaliste sans égal de la Révolution française avec son retentissement mondial. Seule la classe ouvrière pourra, en construisant le socialisme, parachever les constructions nationales profondément déformées par le mode de développement toujours inégal du capitalisme. Il n’en reste pas moins que la lutte contre la réaction d’hier ne saurait justifier le ralliement ACTUEL à une politique continentale réactionnaire qui à substituer aux Etats constitués le chaos économique néolibéral « régulé » par des autorités d’Empire foncièrement antipopulaires.

 

Georges Gastaud, Annette Mateu-Casado, déclaration commune du secrétariat national du PRCF et des PRCF 34 et 66.

 

 

Tag(s) : #EUROPE : en sortir - s'en sortir, #CULTURE - DÉBATS

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